Franck
VENAILLE Ça Mercure de France 2009
Né à Paris en 1936, imprégné par le pays flamand,
marqué par son engagement dans la guerre d’Algérie, auteur d’une œuvre
considérable au fort rythme de production, Le tribunal des chevaux en
2000, Chaos en 2006.
Fidèle à lui-même, Franck V propose dans Ça des textes de
formes et de typographies variées, mais dans un élan toujours vigoureux et une
veine noire.
Il s’agit de se coltiner le ça, part obscure et
muette de l’être, repliée sur un nœud de pulsions et de culpabilité. Livre de
grande douleur donc, celle d’être née, celle de vivre, celle de mourir …
Langue fiévreuse, incantatoire parfois, cri modulé en vers
magnifiques, d’où lyrisme, expressionnisme, nécessaires pour tenter de survivre.
Loin de tout formalisme et de tout minimalisme, mais avec des audaces de forme,
une générosité du flux d’images et d’émotions, comme un torrent. On pense à
Verhaeren, Maeterlinck, Van Gogh (plusieurs allusions aux Mangeurs de pommes
de terre), ce qui d’ailleurs va dans le sens du rattachement à l’univers
flamand, qui s’exprime notamment dans son intérêt pour la mystique rhénane (v.
Hadewijch d’Anvers, p.19). Or il y a de la sainteté inversée dans Ça
- v. La tentation de la sainteté, 1985)-, le silence de Dieu pousse au
désespoir et au blasphème , « Un jour, je le sais, j’apporterai la
communion aux animaux » (p. 32) . Excès en tout.
Trajectoire de l’ouvrage:
Après le texte liminaire, vient un long poème, un voyage en
train scande et répète « C’est cela c’est cela, ça, ça, ça »,
où s’entend le « bruit » du train , métaphore polysémique de la
vie comme voyage, noirceur et dérision.
Puis L’animal de maladie, dialogue avec la bête
hallucinée qui l’habite et le terrorise.
Enchaînement de 3 autoportraits : Autoportrait dit
du mangeur de pommes de terre , Autoportrait dit de l’homme
douloureux, Autoportrait en homme qui crie, allusion/identification à
Van Gogh.
Hôtel-Dieu : maladie, blasphème, prière.
À bord du cargo De Schelde, sorte de bateau ivre, voyage
de la Flandre à l’Italie, … de la naissance à la mort, traversée du désarroi et
du chagrin, baptême et communion des animaux etc :
«Et je suis debout dans ma cabine.
Et je regarde ce qui me tient lieu de visage.
Et-Et-Et-Et-Et-Et-« (p.31)
Ensuite la femme aimée, qui est aussi la poésie ; mal
d’amour :
« Être des mots, blessés, qu’angoisse
ronge »(p.41)
Je passe … Nous en arrivons à Qui parlent, Qui blessent, Qui
désespèrent
Suivi de Elseneur (allusion à
Hamlet), antienne du mal de vivre, raconte l’amour pour un jeune marin , thème
récurrent de Mon-Amour- Blond.
Le chien Aupick (allusion à
Baudelaire), passage de dérision grinçante, qui démystifie la poésie
noble :
« Il faut aller chercher la poésie où elle se trouve …
(stades, boulodromes, … bordels et strip-tease d’hommes » (p. 115)
Vient un dialogue avec François d’Assise ;
Enfin, série terminale de poèmes commençant par A
marché. A beaucoup marché ! Sorte de bilan de sa vie, se met en
scène en soldat :
« Telle fut la fin physique du soldat
Sa vie sur terre ce fut Ça. »
Une grande voix de la
poésie vraiment!
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