I
Les yeux baissés et à la queue leu leu, ils retournent vers la ville, là où des lumières, pensent-íls, s'apprêtent à briller. Ils soupirent devant l'eau d'un bassin, supputent ce qu'il faudrait de bois pour réparer les clôtures.
Le désespoir les submerge, tout à coup, avant d'aller plus loin, non par manque de courage, mais à cause de ce qu'ils ont laissé là-bas, sans l'avoir trouvé. Et qui existait.
II
Mots à la merci du pitoyable, cherchant le dehors, traçant le chemin toujours inabouti, vite recouvert ; silence qui retourne à ce qui fut rêvé.
Mots retrouvés par la neige mais qui se taisent en nous, taisent leurs noms en nous.
III
L'autre présence et la chambre qui tient bon sous le halo des lampes. Mémoire malgré tout, là même où n'existe qu'un balancement de fleurs peintes. La maison se penche, voit,
d'en-bas, les années.
A force, le rire de l'enfance ouvre un chemin d'hiver.
IV
De-ci de-là, se tisse l'histoire avec des fils récupérés et des adjonctions de toutes sortes, qui vont du lambeau de feuille à la carapace d'insecte, où se collent encore des débris de pattes desséchées. Ce tissage n'a ni commencement ni fin et des mots y entrent ou en ressortent avec la même facilité.
Souvent le narrateur somnole ou passe le relais à un autre conteur tout aussi distrait, prêt à changer le cours de l'histoire. Personne, ici, ne fait rien exprès. On laisse les choses arriver ou en l'état, dans l'attente vague d'une ultime tempête dont on n'aurait pas décidé la venue et dont on ignore l'issue.
V
Blanc, sur les squelettes du taillis, le chasseur sort de l'ombre et réclame une pause. Le sang sèche. Les hommes et les oiseaux glissent sur le talus.
Surgi de ce pour quoi il voulait vivre mais qui lui a été refusé, l'enfant retire de sa bouche une poignée de terre.
-------------------- Geneviève Raphanel Textes inédits
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